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Vincent et Annelise, sourds-muets: l’amour sans signe

Teleplus 26 January, 2016 15:18

Ils sont tous deux athlètes… et sourds-muets. Cela ce qui a fait éclore leur amour, qu’ils viennent de sceller par un mariage. Le Dimanche/L’Hebdo est allé à leur rencontre.

Vincent et Annelise, sourds-muets: l’amour sans signe


Ce sont les parents de Vincent Duval, Jean-Claude et Mimose, qui nous ont servi d’interprètes durant l’entretien avec le jeune couple. C’est aux Seychelles que le Mauricien Vincent, 21 ans, et la Réunionnaise Annelise, 23 ans, se sont rencontrés. Nous sommes en 2011 et les deux participent aux Jeux des îles de l’océan Indien dans la catégorie handisports.

Ils deviennent amis et rapidement leur amitié se transforme en amour. Annelise vivant à La Réunion, les deux tourtereaux restaient en contact à travers Skype.

Qu’est-ce qui les a fait craquer ? « J’ai vu une belle fille avec de beaux yeux et mon cœur s’est mis à battre la chamade », explique Vincent. Quant à Annelise, c’est la vue « d’un jeune garçon super beau et gentil » qui l’a fait fondre.

Annelise, ses parents et ses quatre frères et sœurs sont tous sourds. Cela n’a pas empêché la jeune femme de briller en natation handisport. « Nous avons toujours fait de sorte de vivre plus au moins normalement. Notre force, c’est que nous sommes une famille soudée. Notre handicap commun a resserré nos liens », souligne la jeune femme.

Vincent, lui, n’a aucun proche sourd. « Son handicap n’est pas héréditaire. En fait, les médecins n’ont jamais pu en identifier la cause. Ils pensent que c’est dû à une infection contractée lorsqu’il était bébé », explique Mimose.

Il avait 18 mois quand sa mère a noté qu’il ne réagissait pas aux bruits. Il ne sursautait pas lorsqu’elle utilisait le robot-mixeur. « J’étais effondrée en apprenant qu’il est sourd, mais j’ai vite réalisé que je devais être forte puisqu’il allait avoir besoin d’encadrement. Nous voulions qu’il puisse vivre normalement. Heureusement, il a eu une bonne prise en charge grâce à un oto-rhino-laryngologiste et une orthophoniste », relate-t-elle.

Moqueries

Ces derniers conseilleront au couple Duval de ne pas choisir une école spécialisée pour leur enfant, histoire de mettre toutes les chances de son côté sur le plan académique. Cependant, Vincent n’étudiera que jusqu’à la Form II dans un collège privé. « Il avait du mal à s’adapter. Il ne pouvait suivre la classe. Les enseignants expliquaient en même temps qu’ils écrivaient au tableau. Comme ils avaient le dos tourné, Vincent n’arrivait pas à lire sur leurs lèvres. Puis, il faisait souvent l’objet de moqueries. Certains camarades de classe lui faisaient des méchancetés. Un jour, ils l’ont poussé à remettre un préservatif à une enseignante. Il ignorait ce que c’était. Pour nous, cela a été la vacherie de trop », dit Jean-Claude, Proposal Technician chez Forges Tardieu.

Les parents décident d’offrir à Vincent des cours privés. Et, selon eux, il s’en est très bien sorti ! Il s’est spécialisé en graphisme, plus précisément en l’utilisation du logiciel Photoshop. Il a eu l’occasion de suivre des cours poussés dans un centre spécialisé pour les sourds en Afrique du Sud.  Il a aussi fait des posters pour le langage des signes en 2012. « Vincent a eu beaucoup de chance. Il a pu faire tout ce qu’il voulait. Par exemple, il voulait à tout prix piloter un avion. Cela était, bien sûr, impossible. Mais il a pu copiloter un ULM (engin ultra-léger-motorisé). Nous lui avons fait fabriquer un cockpit en modèle réduit. D’ailleurs, pour être toujours à ses côtés, nous avons renoncé à avoir un deuxième enfant », confie Mimose, secrétaire au sein d’une firme privée.

Épanoui grâce au sport

C’est à partir de 2010 que Vincent s’est mis au sport en voyant ses amis en pratiquer à l’école des sourds. Il s’est lancé dans l’athlétisme. Aux derniers JIOI, il a décroché l’or au saut en longueur et au 200 mètres. L’athlétisme l’a aussi mené au Canada (2012) et en Bulgarie (2013). « Auparavant, j’étais replié sur moi-même. Grâce au sport, j’ai pu m’épanouir. L’école des sourds m’a aussi été d’une grande aide. Je m’y suis fait beaucoup d’amis avec qui je ‘bavarde’ toujours. Puis, il y a l’informatique, qui m’a permis d’apprendre le langage des signes de plusieurs pays. Grâce à la technologie, je communique avec les autres via mon portable », nous dira Vincent, qui dit « merci » à ses parents. « Ils ont fait beaucoup de sacrifices pour moi. »