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Affaire des coffres-forts - Rama Valayden : « Navin Ramgoolam risque la prison »

Teleplus 10 February, 2015 21:11

L’avocat et ancien Attorney General, Rama Valayden, était l’invité de Nawaz Noorbux sur le plateau du Grand Journal de Radio Plus ce mardi pour débattre de la saga des coffres-forts saisis chez l’ex-Premier ministre Navin Ramgoolam. L'ancien chef du gouvernement pourrait faire un séjour en prison s'il n'arrive pas à justifier la provenance de ses fonds.

Avez-vous personnellement été choqué en voyant tout cet argent dans les coffres-forts de Navin Ramgoolam ?

Je serais choqué si une personne vient dire qu’elle n’a pas été choquée. Tout le monde a été surpris. Cette somme d’argent blesse le ‘common sense’ et est un affront aux Mauriciens et Mauriciennes qui travaillent 44 heures par semaine pour un salaire mensuel de Rs 6 000. Cela, sans compter les heures passées dans le bus.

Pour résumer le délit de blanchiment d'argent, êtes-vous d'avis que Navin Ramgoolam risque gros sur l'affaire des coffres-forts ?

Oui il risque très gros. Il risque la prison s'il ne vient pas avec des explications en béton et ne peut bien ficeler son dossier. C'est très clair. Comme par exemple s'il peut expliquer la provenance de Rs 300 millions mais pas de Rs 20 millions. C'est déjà un gros délit.

Peut-on qualifier cet argent de 'black-money' ?

Tout argent qui n’est pas dans le circuit et qui n’a pas de réponse légale, peut être qualifié de 'black-money'.

Au Parlement mardi matin, sir Anerood Jugnauth a déclaré que la police avait des renseignements sur le montant. Il semble donc à première vue qu’un proche de Navin Ramgoolam a livré des informations à la police.

On est toujours trahi par les personnes les plus proches. Dans le cercle fermé de Navin Ramgoolam, il avait lui-même des soupçons sur certaines personnes. Donc, l’information a dû venir d’une personne bien proche.

La grande question est comment Navin Ramgoolam a pu amasser tout cet argent et pourquoi l’a-t-il caché dans ses coffres-forts. Beaucoup supposent qu'il dira que cela provient des donations politiques. Est-ce un argument légal qui peut tenir la route ?

D’abord, il faut voir le montant saisi. Plus la somme est importante, plus cela semble incroyable. Mais ce n'est pas choquant. Le 11 décembre 2014, j’ai dis sur Radio Plus que les deux principaux blocs politiques ont touché plus de Rs 1,6 milliards. C’est important d'en connaître la provenance. L’argent vient des dons de compagnies, de particuliers, de pays amis ou de personnes résidant à l’étranger.

Comment est-ce que Navin Ramgoolam peut justifier cet argent ? Doit-il révéler les noms des donateurs ?

Oui, il doit le faire. Il devra aussi dire quand, où et comment il a eu cet argent et comment il l’a comptabilisé.

N’aura-t-il pas tendance à protéger la provenance ?

S’il le veut, il peut. Par exemple, il peut dire qu’une semaine ou deux avant les élections, il savait qu’il allait perdre et il a préféré ne pas dépenser l’argent. Et en tant que leader politique, il ne pouvait avouer la défaite. Donc, il n’a pas dépensé l’argent de la campagne électorale. Aussi, il n’a pas gardé l’argent à ses fins personnels mais qu’il allait construire un quartier général de haut niveau et cinq quartiers régionaux modernes pour le Parti travailliste. Ensuite, il allait créer un fonds de charité sous l’appellation Sir Seewoosagur Ramgoolam Charity Fund afin que les enfants pauvres puissent étudier.

Il pourrait dire cela ?

Je suis dans le domaine. Je ne bluffe pas. S’il y avait fouille chez les autres leaders par la Commission électorale comme cela se fait par la Commission électorale indienne, il y aurait eu des saisies chez tous ces leaders. Tout le monde sait de quoi je parle. Tous ces grands leaders savent ce dont je parle. Je ne m’adresse pas à des dauphins mais à des requins.

Cela veut dire que tous sont des requins ?

Dans ce domaine là, si vous n’avez pas d’argent, vous ne pouvez pas faire de campagne électorale.

Légalement, peut-il invoquer des donations ?

Si une personne est disposée à venir dire : voilà, j’ai donné de mon argent, Rs 10 millions à Navin Ramgoolam. Personne ne peut l’en empêcher.

Cela ne doit-il pas passer par une institution financière ?

Si c’est mon argent et qu’il est ‘clean‘. Si j’ai envie de financer un parti politique, personne ne peut m’en empêcher.

S’il y a eu un retrait, il doit y avoir un ‘record’ à la banque ?

Il le faut. Si une compagnie a fait un don, elle peut dire qu’il y a eu une réunion des directeurs et il a été décidé de donner aux deux principaux blocs, une somme conséquente et la somme est déclarée officiellement. À Maurice, nous avons ‘100 Top companies’ dont les revenus dépassent la centaine de millions de roupies. Si chaque compagnie a donné Rs 5 millions ou Rs 10 millions… Sans compter que certaines choses durant la campagne ont été obtenues gratuitement – banderoles, t-shirts et oriflammes. Le montant avancé n’est rien du tout.

Allons dire que Navin Ramgoolam arrive à trouver une vingtaine de chefs d’entreprises qui viennent dire en Cour qu’ils lui ont donné cet argent ?

Ce n’est pas impossible. L’argument prouvera la provenance licite de son argent.

Nous avons appris que les autorités vont, dans les jours à venir, avoir recours à un ‘audit trail’. Comment se déroule en principe ce genre d’exercice ?

Un audit trail, c’est essayer de retracer la provenance de l’argent. Nous avons eu deux exemples récents avec l’affaire Whitedot et Sungkai. Mais quand il n’y a que des transactions en liquide, c’est très difficile de faire cet exercice. À moins que la police fasse une application en Cour suprême, à travers le Directeur des Poursuites publiques, pour demander un audit trail des comptes de Navin Ramgoolam ou encore ses proches ou son entourage politique. Là, on pourra voir les mouvements d’argent, par quelle filière l’argent est passé et où il a atterri. Si on envisage un audit trail, cela veut dire qu’il y a déjà la présomption que c’est de l’argent mal acquis qu’on est en train de blanchir. On pourra savoir si cet argent a quitté Maurice pour l’étranger.

Le journal Le Monde a révélé que 81 Mauriciens ont un total de Rs 4,5 milliards en Suisse. Est-ce que les institutions financières assument leurs rôles comme il se doit ?

Même s’il y a des procédures, aujourd’hui, les grandes firmes sont composées de personnes qui ont beaucoup d’argent et qui disposent d’une armada de comptables, d’auditeurs et conseils légaux qui exploitent toutes sortes de failles qui existent pour passer.

Par exemple ?

Il n’y a aucune loi qui interdit de placer son argent à l’étranger. C’est difficile aujourd’hui car des sociétés et des holdings sont créés à travers un ordinateur. On vit dans un système capitaliste mondial. L’argent bouge à la vitesse de l’éclair. Retracer l’argent vient bien après.

Nous avons une Declaration of Assets Act et il semble qu’il y a pas mal de manquements. La loi fait une définition assez limitée de ce qui est décrit comme assets.

La loi est dépassée. 24 ans après, les choses ont changé. Il faut l’améliorer.

Vous auriez changé quoi à cette loi ?

Pour moi, le premier changement n’est pas avec la Declaration of Assets Act mais le projet de libre accès à l'information. Avec une Freedom of Information Act vous pouvez situer où une personne était auparavant et comment elle a pu s’enrichir rapidement.