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Sorcellerie: À la chasse aux sorciers

Teleplus 29 March, 2014 15:00

Depuis toujours, les sorciers, dits aussi « longanistes », sont légion à Maurice. La sorcellerie, ou magie noire, ferait partie du folklore local, depuis l’époque de l’esclavage.

Ces charlatans ou guérisseurs perdurent malgré l’ère moderne et l’évolution de l’esprit humain.

Pleins feux sur la sorcellerie, ces pratiques occultes et leurs détracteurs et partisans.

Elle existerait depuis toujours à travers le monde. Toutefois, chaque société a « ses propres conceptions en matière de tradition, de croyance, de religion, de rites, de rapport à l'au-delà et à la mort et d'esprits bons ou mauvais » concernant la sorcellerie. Pour le deuxième volet de notre article sur le sujet, nous avons essayé de comprendre les rites ou encore les personnes se cachant derrière ces étranges pratiques. Les raisons sont multiples. Qu’il s’agisse de faire du mal aux autres, de chercher protection ou encore guérison auprès de forces surnaturelles, ils sont nombreux à pratiquer ces étranges pratiques ou d’y avoir recours. Sur les divers lieux où la sorcellerie se pratique, nous avons trouvé des centaines, voire des milliers d’objets utilisés lors des rites vaudous. Sur un lieu de culte, nous avons découvert des photographies, de lettres connues comme étant des « contrats » avec le diable, des cheveux et d’autres objets personnels, des capsules et des poupées cloués à un arbre.

Les esprits allogènes de Saint-Martin

Cap sur Saint-Martin. En face du cimetière se trouve un lieu de culte, dont le terrain est situé le long de la route Royale. Sur place, plusieurs offrandes, notamment du rhum, des cigarettes, de la nourriture, des noix de coco ou encore des œufs, ont été offertes à des, avions-nous appris, « esprits allogènes ». Ces derniers, connus comme Mama Capery, Ministre Prince, ou Lespri Marday, sont représentés par des rochers sur lesquels se trouvent cigarettes, bougies rouges et œufs, et incarnent le bon ou le mauvais esprit, et « peuvent rendre folle ou chanceuse la personne qu’ils possèdent ». Toutefois, ce ne serait pas de la sorcellerie, mais des « prières ». Une pancarte y est même placée, avec la consigne suivante : « Garder ce lieu propre ! Ne faites pas de la sorcellerie, sinon vous n’êtes pas bienvenus ici, merci ! » Un homme d’une soixantaine d’années vient à notre rencontre. Il nous apprend être la troisième génération à être responsable de ce lieu. « Cela va faire 10 ans que j’entretiens les lieux. Je m’assure à ce que la sorcellerie n’y est pas pratiquée », nous confie le sexagénaire. Il explique qu’il y a une statuette connue comme la déesse « Ama Kali », et que les gens ne viennent là que pour la prier. Toutefois, notre interlocuteur n’écarte pas l’hypothèse que d’autres pratiques sont faites derrière la statuette. Il s’explique : « Mama Kali, li dou par devant, mais pou fer le mal, ou bizin alle derriere li, ena mama Capery, ministre Prince, mama Pichaye, Marday, tou ça lespri la trouve derrière. Dans ene kalimaye, tout relier. » Le gardien nous indique qu’en jours de semaine, il peut y avoir entre environ 25 et 30 personnes qui viennent offrir des offrandes à ces esprits allogènes. Pourtant, ces lieux ont été de nombreuses fois nettoyés par une équipe, qui est contre ces pratiques vaudous, où tous les objets « maléfiques » avaient été détruits. « Entier Maurice koner ki ça base la ena beaucoup pratiques de sorcellerie et nous même, dans le passé, fine alle nettoye ça et détruire bane photos, sous-vêtements madame et beaucoup objets de sorcellerie. Banne habitants fine même informe la police de Camp Levieux de ça bane pratique ki dérouler là-bas », fait ressortir l’un d’eux.

Prince Malgache

Nous nous sommes rendus, par la suite, sur le flanc de la montagne Corps de Garde, à Camp Levieux, où se trouve un autre lieu de culte, connu comme « Mama Kali montagne ». À l’entrée, se trouve un abri où une croix connue comme « Prince Malgache » a été plantée. Ici, pas de poupées à l’horizon, mais plusieurs chaînes attachées autour de troncs d’arbres avec un cadenas, des boîtes à cirage et également des capsules clouées aux arbres. Un homme d’une trentaine d’années s’y trouve. Il s’attelle à brûler des noix de coco et d’autres offrandes. Il nous explique qu’il assure le nettoyage des lieux chaque après-midi, après que des personnes y ont laissé des offrandes. Cela, dans le but de garder l’endroit toujours propre. Ici, comme ailleurs, notre interlocuteur affirme qu’il n’y a pas de la sorcellerie, mais que ce sont plutôt des disciples qui viennent prier. Nous lui questionnons alors sur la présence des boîtes à cirage ou encore de ces chaînes sur les arbres. Pas de réponse. Toutefois, il parvient à nous donner une explication pour ces capsules clouées aux arbres. « En principe, banne dimoune vine couloute ène capsule pou attache zot mari ou femme pou fer reste content zot ». Il s’abstiendra de nous dire que ce lieu avait reçu la visite d’un groupe de personnes, qui y ont fait un grand nettoyage en enlevant les offrandes et autres objets de sorcellerie et que, depuis, ces pratiques se font dans la plus grande discrétion.

Opération nettoyage à Bassin Desforges

À proximité du « Bassin Desforges », des milliers de poupées clouées sur les troncs d’arbres, donnaient froid dans le dos. Ainsi, le mardi 25 février, vers 15 heures, des membres de l’association Markaz Al Farouk, qui milite contre la sorcellerie, ont fait une descente sur les lieux, munis d’outils, avec le but de complètement nettoyer l’endroit. Nadeem Edoo, président de l’association, est détenteur d’un diplôme en psychologie et d’une autre sur la jurisprudence islamique. Après avoir passé plusieurs années en Arabie saoudite, il a été le premier Mauricien avoir fait une étude approfondie sur la sorcellerie et la magie, et s’est spécialisé dans la Roqyah, une forme d’exorcisme contre le djinn (esprit). De retour à Maurice, il a formé une organisation pour soutenir les victimes de sorcellerie et mener la vie dure aux sorciers qui font croire à ces dernières qu’ils peuvent les guérir. Pour lui, avoir recours à la magie noire ou blanche n’a jamais été la solution aux problèmes. « Zamé ène traiteur pas pou kapav casse travay ène lotte traiteur », affirme-t-il. Par ailleurs, Nadeem Edoo déplore le fait que certains, qui se proclament chef religieux, escroqueraient les victimes de sorcellerie en leur soutirant de l’argent. « Buku dimounes religieux mais ignorants ine tombe dan sorcellerie », affirme notre interlocuteur. Le président de Markaz Al Farouk avance que Bassin Desforges n’est pas le seul endroit où son équipe s’est rendue pour y mettre de l’ordre. « Nous sommes là pour rassurer les habitants de cette localité et aussi nettoyer ce lieu de culte, en détruisant ces offrandes et ces objets utilisés pour faire de la sorcellerie. Ainsi, la communauté hindoue pourra retrouver son lieu de culte propre pour prier. Aussi, en nous débarrassant de ces objets, les personnes visées à travers ces pratiques vaudoues se sentiront soulagées », affirme-t-il. Nadeem Edoo souligne, par ailleurs, que ce qui se passe à Bassin Desforges prouve à quel point notre société entre en décadence. « Ces objets démontrent que le mal a été commis volontairement pour blesser les autres. Ces mauvaises intentions ont été animées principalement par la jalousie, la vengeance et l'obsession. Beaucoup de gens en souffrent. Certains sont peut-être morts, et d’autres peuvent être malades. Afin de briser ce sort, un rituel religieux spécial est fait sur toutes ces pratiques malveillantes. Nous avons recueilli trois sacs poubelles de poupées et de ces objets de magie noire », conclut notre interlocuteur.